Stéphanie Bernard Archives - La 2ᵉ porte à gauche https://la2eporteagauche.espaceperreault.ca/tag/stephanie-bernard/ Maison de production Wed, 03 Aug 2022 14:30:55 +0000 fr-CA hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.2.8 https://la2eporteagauche.espaceperreault.ca/wp-content/uploads/2019/12/cropped-favicon-32x32.png Stéphanie Bernard Archives - La 2ᵉ porte à gauche https://la2eporteagauche.espaceperreault.ca/tag/stephanie-bernard/ 32 32 The Art | Nourrir ou détruire le mythe de la danse contemporaine ? 2/4 https://la2eporteagauche.espaceperreault.ca/2013/07/03/the-art-nourrir-ou-detruire-le-mythe-de-la-danse-contemporaine/ https://la2eporteagauche.espaceperreault.ca/2013/07/03/the-art-nourrir-ou-detruire-le-mythe-de-la-danse-contemporaine/#respond Wed, 03 Jul 2013 02:20:53 +0000 https://la2eporteagauche.ca/?p=104 Pendant l’événement The Art (prononcez dehors), la rencontre artiste/public s’est teintée de malentendus ou d’une certaine méfiance non seulement vis-à-vis de l’art contemporain – la danse contemporaine est à ce titre souvent considérée comme « spéciale » ...

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Pendant l’événement The Art (prononcez dehors), la rencontre artiste/public s’est teintée de malentendus ou d’une certaine méfiance non seulement vis-à-vis de l’art contemporain – la danse contemporaine est à ce titre souvent considérée comme « spéciale » –, mais également liée au contexte extérieur qui invite généralement l’individu à se méfier de l’inconnu. Cette méfiance de la part du spectateur est peut-être également liée au lieu : en effet, le Carré St-Louis est particulièrement connu pour ses marginaux (itinérants, junkies…). Les promeneurs ont aussi l’habitude d’y croiser des musiciens ou amuseurs public faire divers numéros et demander l’aumône, surtout dans la rue Prince-Arthur. Enfin, ils ont l’habitude d’être sollicités – surtout à la rentrée de septembre – par des groupes d’étudiants. Beaucoup de spectateurs nous ont ainsi demandé s’il s’agissait d’étudiants en danse (le logo du Département de danse sur le programme ajoutait sans doute à la confusion).

Frédérick Gravel : En organisant un événement dehors pour un public non convié, est-ce qu’on entretient le mythe de la danse contemporaine ou en sortant on le détruit ?

Marie Béland : L’espace extérieur désacralise l’œuvre. Il y a tellement d’impondérables qu’on lâche prise en tant que chorégraphe : la présence d’une chaise roulante, d’un clochard, ou encore d’une fontaine ou d’un simple banc s’immisce dans l’espace de la représentation. La valeur de l’œuvre se modifie. Ça change complètement mon lien avec mon travail.

Stéphanie Bernard : Dans la rue Prince-Arthur, les gens ont l’habitude de voir des quêteux ou des musiciens qui passent le chapeau. De peur qu’on fasse nous aussi tourner le chapeau, ils partaient souvent tous juste avant la fin de la représentation.

Emmalie Ruest (bénévole) : si l’événement avait été plus repérable, il aurait permis aux spectateurs d’avoir un autre regard, moins méfiant. Ils ne savaient pas vraiment ce qu’il se passait.

Marie Béland : La question de savoir à quel point prévenir ou non les gens est importante.

Stéphanie Bernard : Les Montréalais sont habitués au format festival avec pancarte, horaire, organisation, etc. Cependant, là, nous n’étions pas aussi formatés, ce qui a permis de leur montrer que la danse, c’est bien quelque chose de « spécial » qui ne correspond pas aux formats traditionnels.

Raymond : un solo pour n interprètes de Katya Montaignac, Photo : Maurice Pressé

Raymond : un solo pour n interprètes de Katya Montaignac | Photo : Maurice Pressé | interprète : Antonia Mappin-Kasirer

Nathalie Dumont : En tant que non-danseuse pour le projet de Katya, je n’ai aucune expérience de scène. Cependant, j’ai trouvé que l’interaction avec les gens était très intense, surtout dans la rue. En revanche, dans le parc, il y avait deux types de « clientèle » : ceux qui sont venus pour l’événement et ceux qui se promènent (le public potentiel) ; mais il y avait également ceux qui n’en ont rien à faire. J’avais l’impression d’aller convertir des indigènes. J’étais très sceptique car je trouvais ce projet ambitieux et complètement fou. Mais j’ai été également agréablement surprise.

Julie Châteauvert : Moi, j’adore l’ambiguïté ! Me fondre dans le décor naturel sans que les gens ne sachent forcément ce qu’il se passe. À ce titre, la pancarte me gênait. Quand mes interprètes étaient réparties sur des bancs, personne ne pouvait se masser pour regarder. L’espace de jeu nous englobait et les gens en faisaient partie. Ils sont donc inclus dans la mise en scène.

Isabelle : La meilleure façon de démystifier l’image « fuckée » de la danse, c’est quand l’artiste va parler aux gens. Il devient alors tout d’un coup quelqu’un qui explique sa démarche. Ça crée une ouverture. C’est de l’éducation populaire. Et le public se rend compte que les danseurs sont des gens comme tout le monde.

Synthèse mise en forme par Katya Montaignac, 11/09/2006

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On peut s’interroger sur les objectifs et enjeux de l’événement The Art (prononcez dehors): cherche-t-on à convertir le grand public à la danse contemporaine ? Cherche-t-on à « séduire » le badaud afin de lui donner le goût d’aller au théâtre ? Ce public ne va pas forcément au théâtre parce qu’il n’en aurait pas les moyens, mais tout simplement parce qu’il ne se sent pas concerné par un spectacle de danse. En revanche, il peut dépenser aisément 15$ pour aller au cinéma, dans un bar ou encore 25$ pour un concert ou un spectacle d’humour…

Frédérick Gravel : Ce n’est pas la même chose de faire un show dehors ou devant des gens qui sont venus au théâtre pour ça. Dans ce cas, ils sont « captifs ». Alors que dehors, ils ne sont pas venus au parc pour voir de la danse.

GravelWorks de Frédérick Gravel | interprètes : Francis Ducharme, Hugo Gravel, Stéphane Boucher et Frédérick Gravel | Photo : Katya Montaignac

GravelWorks de Frédérick Gravel | interprètes : Francis Ducharme, Hugo Gravel, Stéphane Boucher et Frédérick Gravel | Photo : Katya Montaignac

Marie Béland : Dehors, le public ne ment pas : quand c’est plate, il s’en va ! Pour mon projet, j’ai remarqué que c’était toujours au même moment ! On peut se demander jusqu’à quel point une entreprise de séduction comme la notre doit répondre à la formule du tout-inclus afin de satisfaire le confort du spectateur. Ma pièce a été conçue dehors. On avait envie de séduire, mais jusqu’à quel point ? On a envie que la danse soit moins hermétique, certes. Mais est-on capable d’aller tasser les affaires qui ne marchent pas ? À force de modifier la pièce en fonction des réactions du public, est-ce que je ne passe pas à côté des choses que je voulais faire ?

Frédérick Gravel : Est-ce qu’une bonne œuvre de danse n’est pas nécessairement séduisante ?

Marie Béland : Peut-on faire une bonne œuvre sans forcément séduire ?

Johanna Bienaise : On veut rendre la danse plus accessible mais pourtant quand c’est plate, le public peut partir. Comment le sensibiliser à des choses plates ?

Séverine Lombardo : Le fait de ne rien faire fait parfois partir les gens. Or, le projet de Julie comporte des moments d’immobilité. Je me suis posé beaucoup de questions à ce sujet. Pourquoi ai-je envie que les gens s’arrêtent ? Pourquoi est-ce que je veux absolument capter leur attention ? Ces interrogations se posent davantage au niveau de l’interprète que du chorégraphe. Julie, elle, adorait que les gens ne s’arrêtent pas !

Élodie Lombardo : On a l’habitude d’être tributaire du regard du public. En salle comme en théâtre de rue, le temps mort signifie que tu perds de l’argent.

Irène Galesso : Pour rendre accessible la danse, rien de tel que de retourner dans la rue, comme des troubadours. L’événement The Art (prononcez dehors) m’a fait penser aux HOPs réalisés l’an dernier lors du Congrès de recherche en danse organisé par le CORD (novembre 2005). Nous avions dansé dehors sous la neige. Sans provoquer, la danse attire. L’expérience est d’autant plus stimulante pour les spectateurs que pour les danseurs.

Stéphanie Bernard : Avec mon projet, j’ai opté pour l’idée d’un compromis en m’inspirant des gens qui sont dehors dans un parc. J’avais le goût de faire une pièce positive et agréable. Or, après avoir vu ma pièce, les gens ne me parlaient pas de l’œuvre mais de danse. Je n’ai rien fait de profond mais ça a ouvert une porte et on a parlé de « la » danse.

Synthèse mise en forme par Katya Montaignac, 11/09/2006

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