Johanna Bienaise Archives - La 2ᵉ porte à gauche https://la2eporteagauche.espaceperreault.ca/tag/johanna-bienaise/ Maison de production Fri, 11 Aug 2023 18:51:00 +0000 fr-CA hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.2.8 https://la2eporteagauche.espaceperreault.ca/wp-content/uploads/2019/12/cropped-favicon-32x32.png Johanna Bienaise Archives - La 2ᵉ porte à gauche https://la2eporteagauche.espaceperreault.ca/tag/johanna-bienaise/ 32 32 Pourquoi La 2e Porte à Gauche ? | Conversation entre membres : mars 2008 https://la2eporteagauche.espaceperreault.ca/2013/10/15/pourquoi-la-2e-porte-a-gauche-conversation-entre-membres-mars-2008/ https://la2eporteagauche.espaceperreault.ca/2013/10/15/pourquoi-la-2e-porte-a-gauche-conversation-entre-membres-mars-2008/#respond Tue, 15 Oct 2013 15:13:36 +0000 https://la2eporteagauche.ca/?p=234 Frédérick Gravel : La 2e Porte, c’est un espace, c’est un endroit autre, c’est une autre voie. On voulait seulement s’obliger à créer des événements qui n’existent pas ou plus. On n’est pas diffuseurs, ni ...

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Chacun sa porte : la vision de Frédérick Gravel… | Crédit : Katya Montaignac

Frédérick Gravel : La 2e Porte, c’est un espace, c’est un endroit autre, c’est une autre voie. On voulait seulement s’obliger à créer des événements qui n’existent pas ou plus.

On n’est pas diffuseurs, ni un « collectif », ni la Gravel Company, ni un syndicat, ni un groupe de pression, on voulait apporter une nouvelle façon de voir le travail des artistes.

Marie Béland : Comme dit Fred, une porte de sortie vers la voie alternative, sans le mot « danse » qui nous ramène inévitablement à la formule des compagnies. Une bulle créative qui ne s’apparente à rien de ce qui existe : « 2e » comme une alternative à la première, comme un plan B, un second regard, comme une ouverture sur une discipline, une membrane qui à la fois cache et révèle un univers, une barrière mobile qui laisse la circulation se faire dans les deux sens, et puis « gauche », comme le cerveau gauche, la créativité, le sens artistique…

Faire surgir la danse, là où on ne l'attend pas...

« Faire surgir la danse, là où on ne l’attend pas… » | Sur la photo : Marie Béland. Crédit : Katya Montaignac

Katya Montaignac : La 2e Porte à Gauche est un outil collectif qui permet d’imaginer la danse contemporaine autrement que dans son cadre conventionnel (un spectacle en salle). Aller à la rencontre du spectateur en investissant des espaces publics inusités (vitrines, parcs, rue), plutôt que de le convoquer dans un théâtre et attendre qu’il remplisse la salle !

Faire surgir la danse là où on ne l’attend pas et spécialement dans des endroits publics (même si ça a pu déjà se faire, notamment aux États-Unis dans les années 1960 et 1970, mais aussi dans plein d’endroits divers et variés dans les années 1980 ou même encore maintenant : chambres d’hôtel, vallée, forêt, rues, bibliothèque, etc.).

Fred : Au Québec, rien n’existe qui ressemble vraiment à La 2e Porte, et c’est pourquoi on l’a inventé. En revanche, il faut passer du temps pour l’expliquer parce qu’on est trop habitué aux compagnies de danse…

La 2e Porte est unique en ce qu’elle propose des activités reliées à la danse sans s’attacher à un lieu et suscite des collaborations qui ne vont pas nécessairement de pair au premier regard.

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La 2e Porte à Gauche selon Marie Béland… « Chercher à décloisonner la danse »| Crédit : Katya Montaignac

Marie : L’idée est de ne pas focusser sur un seul auteur, d’avoir une programmation large, diversifiée, faire participer un nombre impressionnant d’artistes du milieu, et enfin avoir une double commande : une envers le public et une envers les artistes, voilà qui est unique en soi au Québec. Ce qui pourrait définir de façon plus large notre type de pratique, c’est peut-être l’idée de décloisonnement.

Johanna Bienaise : La 2e Porte innove dans le choix de lieux inusités, dans l’organisation d’évènements qui impliquent plusieurs chorégraphes, développe une réflexion sur le rapport avec le public, organise des évènements qui sortent de la description de spectacles habituel: salle de spectacle, désacralisation de l’œuvre, de la performance, temps limité, généralement 1h pour un show normal. Par exemple : The Art (prononcez dehors) durait 6 heures. C’est une réflexion sur la reconfiguration possible d’un « show ».

La 2e Porte se différencie aussi par le fait que ses administrateurs sont des gens du milieu, des artistes engagés, sans agent.

La 2e Porte à Gauche vue par Katya Montaignac...

La 2e Porte à Gauche vue par Katya Montaignac… Pour qui ? Pourquoi ? Comment ? Où ? | Crédit photo : Marie Béland

Katya : La 2e Porte se distingue par son implication dans le milieu et son engagement quasi politique (au sens du « rôle de l’art et de l’artiste dans la société », la fonction du spectacle et de la représentation, notamment dans le vaste « souk » du marché de l’art et de l’industrie du divertissement). À d’autres époques, on se contentait (surtout en danse) de faire du beau, du fort et de l’émouvant… On ne réfléchissait pas forcément sur les tenants et aboutissants d’un spectacle de danse… On parlait d’expressivité, d’intériorité ou de mouvement formel (« le mouvement pour le mouvement »), d’écriture (et de « signature »), mais pas forcément du rôle et des enjeux de la création chorégraphique (pour quoi ? pour qui ? où ? comment ? pourquoi aujourd’hui ?…).

La 2e Porte réfléchit à ce titre à « l’accessibilité » de la danse contemporaine. Ce rapport au public me semble un axe de réflexion privilégié (et original).

On est toujours plus fort en groupe que seul. De tout temps, les artistes se sont regroupés. Si on ne parle que du Québec, pensons à Paul-André Fortier qui a fondé Montréal Danse avant sa propre compagnie ou encore à Ginette Laurin et Louise Bédard qui, en plus d’être interprètes à droite à gauche, se regroupaient avec Daniel Soulières et d’autres pour des événements collectifs où chacun chorégraphiait pour les autres. Ils cherchaient alors à présenter la danse autrement (via des soirées d’impro par exemple ou avec des échanges musique et danse, sans compter les shows dans des discothèques, dans les jardins du Musée d’art contemporain, dans les bars). Sans parler de toute la gang qui a fondé le RQD. Ou encore plus récemment Circuit Est. L’union fait la force : certains projets sont ainsi possibles seulement à plusieurs. Seul, n’importe qui s’épuiserait. À plusieurs, on s’entraide, on se soutient et on se répartit les tâches ! Se regrouper permet de se donner les moyens de concrétiser des initiatives plus ambitieuses ou folles, qui seraient difficilement réalisables seul.

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La 2e Porte à Gauche en 2008 : Marie Béland, Johanna Bienaise, Katya Montaignac, Amélie Bédard-Gagnon et Frédérick Gravel | Crédit photo : Anne Massot

Enfin, un truc un peu nouveau en danse à mes yeux : c’est le « partage des ressources ». Il me semble qu’avant c’était un peu du chacun pour soi, chacun gère « sa » compagnie et se débrouille individuellement. Or là, on commence à penser qu’on ne « perd » pas forcément quelque chose quand on partage ses ressources mais au contraire qu’on a tout à y gagner ! Désormais, les compagnies se définissent autrement que sous le nom d’un unique chorégraphe, mais plutôt comme un groupe de collaborateurs artistiques réunis autour de projets. On n’est plus tout à fait dans l’optique de servir la promotion d’un seul nom. Sans pour autant être des œuvres collectives (au sens parfois utopique du terme), les spectacles sont avant tout le fruit d’une collaboration/rencontre entre plusieurs artistes (que Christophe Wavelet nomme les « coalitions temporaires »), où chacun a sa place, chacun apporte son grain de sel.

Au-delà des ressources matérielles, je pense bien entendu que le plus important dans cette idée de « partage », c’est l’échange entre pairs, la discussion, le débat, la mise en commun de réflexions qui permet de développer un espace critique et donc de s’interroger, voire de se remettre en question et de se positionner face à son milieu, son art, son histoire, ses pairs, la création actuelle, etc. Ça me paraît nécessaire et primordial pour le développement « naturel » d’une culture chorégraphique.

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Scénario d’un show en appartement : 9 1/2 à part. | 2009 https://la2eporteagauche.espaceperreault.ca/2013/10/02/scenario-dun-show-en-appartement-9-1-2-a-part-2009/ https://la2eporteagauche.espaceperreault.ca/2013/10/02/scenario-dun-show-en-appartement-9-1-2-a-part-2009/#respond Wed, 02 Oct 2013 02:36:27 +0000 https://la2eporteagauche.ca/?p=232 Le « début » / Entrée du public Ne pas avoir quand ça commence réellement (possibilité qu’il se passe quelque chose pendant que le public attend) [Note : Tangente aimerait que les gens arrivent quelque part, comme sous ...

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  • Le « début » / Entrée du public
  • Ne pas avoir quand ça commence réellement (possibilité qu’il se passe quelque chose pendant que le public attend) [Note : Tangente aimerait que les gens arrivent quelque part, comme sous une tente. À réfléchir…]

    Le public peut aussi entrer dans un appartement vide.

    Les performeurs peuvent entrer avec le public (dissimulés dans le public).

    Autre idée : show qui roule en continu. Dans ce cas, les gens entrent et sortent quand ils veulent (pas de « début » si de « fin »)

    Accueillir le public en lui offrant à boire (pour régler l’attente dehors) et quelque chose commence au bout d’un moment.

    Accueillir les spectateurs comme des visiteurs à qui on souhaite louer l’apparte (déjà fait par Zoey l’an dernier)

    Accueillir les gens en leur demandant qui ils sont.

    Diriger les spectateurs avec des numéros.

    1. Le lieu, l’espace = l’appartement

     

    Les espaces clos

    –          Exploiter/occuper les placards, les penderies : Jeux dans le noir ou la semi-obscurité pour des solos dans un placard (avec une webcam sur le front?)

    –          Une pièce condamnée avec un judas (le spectateur doit faire un effort pour voir). Regarder par un judas ou une serrure. Pour un spectateur à la fois. Regarder un film (écran lcd?).

    Mise en abîme vidéo

    –          Possibilité d’intégrer différents projets dans différents espaces (interactions possibles, parallèles, contrastes…). Allées et venues entre 2 espaces comme un jeu de miroir.

    –          Si dans chaque pièce, il y a un moniteur (TV, ordinateur maison), il est possible d’établir une communication entre elles.

    –          Tout le monde pourrait se parler à un moment donné (méta-structure).

    –          Un mur blanc peut constituer une surface de projection (on pourrait aussi être en lien avec un autre appartement). Sensation de proximité avec le spectateur à travers une projection grandeur nature.

    Un espace ajouté via la vidéo

    –          Travail avec l’illusion (vidéo en direct et/ou pré-enregistrée)

    –          Projection en différée dans la même pièce (ce que le spectateur a raté…)

    –          Au lieu de faire jouer un film à la TV, le projeter dans la salle de bain.

    –          Chambre avec projection vidéo à 360°

    Pièces thématiques ou conceptuelles

    Dans chaque pièce, une idée ou un concept pourrait être relayé par tous. Exemple : quand un danseur change de pièce, il entre dans un autre concept. Le spectateur peut passer de pièce en pièce ou y revenir pour voir la même idée interprétée par d’autres.

    Cette idée peut s’établir dès le début pour doucement se modifier. Exemple : tous les performers partent à un moment sur une même idée directrice (ou action commune) à travers tout l’appartement quelque soit l’endroit où il se situe (ou bien se retrouver dans une même pièce). Ces moments « communs » pourraient rythmer le show.

     

    a)      La pièce du « solo »

    Un solo (un concept) interprété en relais par tous, chacun son tour, dans une pièce dédiée à ça. Chacun peut interpréter le solo à sa façon, ou incorporer/adapter le concept à sa guise.

    b)      Le méta-projet

    Possibilité de ramifier le duo Martin/Maya avec tous : à chaque fois, 2 personnes discutent du projet en cours tout en performant. Mais à un moment, cette idée pourrait être reprise par tous en même temps, juste pour un temps donné (dans la même pièce ou partout dans l’appartement).

    Intégrer le spectateur dans la discussion (lui demander son avis sur l’idée ou sur le geste), mais aussi dans l’action (lui demander de l’aide pour un mouvement ou pour déplacer le « décor »).

    c)       La pièce « surprise » ou la pièce surréaliste

    Avec un décor particulier ou absurde (salon funéraire, pique-nique…)

    Un endroit perturbant (ou perturbé)

    Le public arrive dans une scène en cours.

    Question : « vrai » appart ou appart « stagé »?

    Attention à ne pas trop dénaturer l’appart avec la technologie

    Mais on peut aussi basculer dans un autre espace…

    Il faut veiller à ne pas reproduire la scène de théâtre mais plutôt jouer sur une configuration qu’on ne pourrait pas réaliser scéniquement (= c’est précisément le jeu du « in situ », c’est-à-dire quelque chose qui prend sens dans le lieu).

    Ici, le décor nous est en quelque sorte imposé : c’est l’espace de l’appartement. Le public entre donc « dans » le théâtre.

    En même temps, on pourrait reconstituer un mini-Tangente dans une pièce : avec un gradin de sièges bleus de Tangente, plancher de bois franc, rideaux noirs aux murs, un spot.

    Follow spot dirigé sur les plantes ou les objets de l’appart

    1. La colocation (« être ensemble »)

     

    Le relai ou l’anti solo

    Dans une pièce, un solo relayé par chacun de nous.

    Ça peut être aussi un costume qui se reprend.

    Idée d’un cadavre exquis dans la création : idée du relais.

    Une action refaite par tous, chacun son tour, en relai.

    Cue collectif

    Déclenchement d’un mouvement de groupe (exemple : si chacun est dans une pièce, au signal, tout le monde change de pièce (croisement, mouvement, portes qui s’ouvrent…)).

    L’alarme à incendie pourrait être un cue pour brasser l’espace ou déclencher un mouvement.

    Un mouvement qu’on n’a pas envie de faire

    Action dansée par tous : faite et refaite par tous.

    Reconstituer un souper dans l’appart.

    La recette de cuisine

    Lieu social. Faire un plat avec des contraintes physiques. Recette relayée par tous. Chacun fait un truc, participe à la recette (comme un travail à la chaîne) et se relaient. Chacun met la main à la patte. Chaque action peut être accompagnée d’une contrainte physique ou d’une musique.

    Ou en créer une action romanesque (de téléroman) sur une musique très triste genre Puccini.

    Actions communes

    Le cambriolage : des gens qui emportent des objets, la télé, etc. Vider l’espace. Jeu possible avec un autre appartement (permet de construire et déconstruire en continu l’espace de l’appart : d’un côté, un appart se vide, de l’autre – à la caméra – un autre appart se remplit et « meuble » progressivement via le vidéo l’appart vide).

    Le crime : scène de crime dans la salle de bain.

    Les alarmes qui se déclenchent : scénariser un exercice en cas d’incendie.

    Un moment genre comédie musicale.

    Personnages

    Certains « personnages » pourraient déambuler et circuler dans les différentes pièces. Et même passer de l’intérieur à l’extérieur, même sous la neige.

    Exemples :

    –          Le « looser » qui n’a jamais le bon costume au bon moment (ou qui porte un vêtement particulier)

    –          Amélie, enceinte de 8 mois

    –          Avoir un vrai petit vieux dans l’appart ou 3 tricoteuses qui jasent (ne pas savoir si c’est un spectateur ou un complice)

    –          Quelqu’un d’invalide qu’on doit déplacer d’un espace à l’autre comme un petit vieux qu’on ne sait jamais où mettre…

    –          Un corps pas forcément nu mais blanc qui se promène lentement et invite les spectateurs à écrire sur lui, un mot, une phrase…

    Certains « personnages » pourraient entrer dans les idées ou actions des autres (comme une anomalie ou un court-circuit, pour venir parasiter ou contaminer, ou tout simplement faire une incursion dans l’univers de l’autre).

    1. Relation avec le spectateur

    Impliquer le spectateur :

    –          lui demander son avis sur la performance,

    –          lui poser des questions qui influent le cours de la performance,

    –          le faire intervenir (lui faire déplacer des plantes vertes, des meubles…),

    –          lui demander de te nourrir alors que tu ne dois pas arrêter de bouger,

    –          utiliser la caméra pour créer un espace non intimidant pour le spectateur…).

    Pièce du solo en relais en lien avec le spectateur sur l’écran d’ordi projeté en grand. D’un côté, le spectateur face à l’image du danseur à l’écran. De l’autre côté, un danseur dans une pièce dansant son solo (et, pourquoi pas, face au spectateur projeté sur le mur en grand?).

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    The Art (prononcez dehors) | 2006 : Se confronter au public 1/4 https://la2eporteagauche.espaceperreault.ca/2013/07/04/the-art-prononcez-dehors-2006/ https://la2eporteagauche.espaceperreault.ca/2013/07/04/the-art-prononcez-dehors-2006/#respond Thu, 04 Jul 2013 09:37:21 +0000 https://la2eporteagauche.ca/?p=44 Parmi les douze projets présentés en 2006 durant les quatre jours de l’événement The Art (prononcez dehors), chaque proposition engageait une rencontre particulière avec le public. Le spectateur a donc croisé non pas une conception ...

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    Parmi les douze projets présentés en 2006 durant les quatre jours de l’événement The Art (prononcez dehors), chaque proposition engageait une rencontre particulière avec le public. Le spectateur a donc croisé non pas une conception de la danse contemporaine mais une pluralité de visions artistiques. C’est d’ailleurs peut-être précisément cette variété de points de vue qui caractérise le prisme (complexe) de la danse contemporaine. L’événement a ainsi permis, on l’espère, d’ouvrir non seulement le regard du spectateur sur la danse, mais de confronter également l’artiste à une multiplicité de regards possibles sur son œuvre. Durant les tables rondes organisées chaque soir, les chorégraphes ont pu réfléchir sur les enjeux et l’impact de leurs propositions.

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    Les Radicaux de Julie Châteauvert | interprètes : Élodie Lombardo, Josianne Latreille, Geneviève Smith-Courtois, Séverine Lombardo, Lily Lapierre | Photo de Maurice Pressé

    Une confrontation directe avec le public

    La plupart des artistes impliqués ont constaté avoir abordé leur projet avec une certaine naïveté, avec l’idée que ce qu’ils offraient au public serait forcément regardé avec attention et reconnaissance. Or, dehors, le public n’est résolument pas le même qu’au théâtre où il a acheté un billet pour voir un spectacle et où il est tenu de respecter un code de conduite sous peine de se faire exclure. En effet, dehors, le public n’est pas venu pour voir de la danse, ce qui modifie en profondeur sa relation avec l’œuvre. Il n’est pas plongé dans l’anonymat d’une salle obscure et si la représentation ne lui plaît pas, il peut se lever et partir sans gêner personne. Ou presque… Car son geste peut toutefois contrarier l’artiste qui remet alors souvent aussitôt son travail en question. Dans ce contexte, la rencontre entre l’artiste et le public, et les conditions mêmes de cette rencontre, sont donc radicalement différentes.

    Dominique Bouchard : Le concept de mon projet consistait à rencontrer le public à partir de l’identité du regard et de l’identité du danseur. Or le contexte du parc ajoutait un tel sens que le sens de mon propos s’effaçait, déviait. L’action même de danser dans un parc représente un acte absurde en soi : c’est décalé. Le simple fait de danser, surtout seul, devient confrontant. En groupe, ça fonctionne plus facilement car une distance se crée d’emblée.

    Julie Châteauvert : Si certaines personnes étaient amusées par notre présence, d’autres en revanche étaient carrément mécontentes.

    Lily Lapierre : Il y a ceux qui ne veulent pas déranger la danse et qui font attention à l’espace. Et il y en a d’autres qui estiment que c’est la danse qui dérange « leur » espace.

    Amy Helmstetter : J’ai fait beaucoup de solos sur scène mais je ne me suis jamais sentie aussi seule que dehors. Au début, j’essayais d’expliquer mon projet aux gens. Malgré ça, ils se trouvaient confrontés face à mon solo car ils n’étaient pas venus pour. Alors j’ai fini par ne plus donner d’explication et j’ai dansé mon solo comme d’autres font leur tai-chi, c’est-à-dire pour moi-même et pour ceux qui veulent.

    Marie Béland : Dans ma pièce, comme dans mon travail en général, j’ai des moments où on performe et des moments où on parle. D’habitude, en salle, quand les danseurs se mettent à parler, c’est à ce moment-là que la danse devient plus accessible. Or, dans le parc, dès que ça parle, les gens partent. L’effet était inversé car dès que les gens craignent qu’on les embarque dans notre numéro, ils fuient, de peur de devenir le centre d’intérêt.

    Sébastien Talbot (un bénévole) : Dans leur réaction, les gens ont souvent reconstitué naturellement l’espace scène/public conventionnel. Ils ont reconstruit l’espace théâtral. Comme un théâtre en plein air.

    Synthèse mise en forme par Katya Montaignac, 11/09/2006

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    The Art | Nourrir ou détruire le mythe de la danse contemporaine ? 2/4 https://la2eporteagauche.espaceperreault.ca/2013/07/03/the-art-nourrir-ou-detruire-le-mythe-de-la-danse-contemporaine/ https://la2eporteagauche.espaceperreault.ca/2013/07/03/the-art-nourrir-ou-detruire-le-mythe-de-la-danse-contemporaine/#respond Wed, 03 Jul 2013 02:20:53 +0000 https://la2eporteagauche.ca/?p=104 Pendant l’événement The Art (prononcez dehors), la rencontre artiste/public s’est teintée de malentendus ou d’une certaine méfiance non seulement vis-à-vis de l’art contemporain – la danse contemporaine est à ce titre souvent considérée comme « spéciale » ...

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    Pendant l’événement The Art (prononcez dehors), la rencontre artiste/public s’est teintée de malentendus ou d’une certaine méfiance non seulement vis-à-vis de l’art contemporain – la danse contemporaine est à ce titre souvent considérée comme « spéciale » –, mais également liée au contexte extérieur qui invite généralement l’individu à se méfier de l’inconnu. Cette méfiance de la part du spectateur est peut-être également liée au lieu : en effet, le Carré St-Louis est particulièrement connu pour ses marginaux (itinérants, junkies…). Les promeneurs ont aussi l’habitude d’y croiser des musiciens ou amuseurs public faire divers numéros et demander l’aumône, surtout dans la rue Prince-Arthur. Enfin, ils ont l’habitude d’être sollicités – surtout à la rentrée de septembre – par des groupes d’étudiants. Beaucoup de spectateurs nous ont ainsi demandé s’il s’agissait d’étudiants en danse (le logo du Département de danse sur le programme ajoutait sans doute à la confusion).

    Frédérick Gravel : En organisant un événement dehors pour un public non convié, est-ce qu’on entretient le mythe de la danse contemporaine ou en sortant on le détruit ?

    Marie Béland : L’espace extérieur désacralise l’œuvre. Il y a tellement d’impondérables qu’on lâche prise en tant que chorégraphe : la présence d’une chaise roulante, d’un clochard, ou encore d’une fontaine ou d’un simple banc s’immisce dans l’espace de la représentation. La valeur de l’œuvre se modifie. Ça change complètement mon lien avec mon travail.

    Stéphanie Bernard : Dans la rue Prince-Arthur, les gens ont l’habitude de voir des quêteux ou des musiciens qui passent le chapeau. De peur qu’on fasse nous aussi tourner le chapeau, ils partaient souvent tous juste avant la fin de la représentation.

    Emmalie Ruest (bénévole) : si l’événement avait été plus repérable, il aurait permis aux spectateurs d’avoir un autre regard, moins méfiant. Ils ne savaient pas vraiment ce qu’il se passait.

    Marie Béland : La question de savoir à quel point prévenir ou non les gens est importante.

    Stéphanie Bernard : Les Montréalais sont habitués au format festival avec pancarte, horaire, organisation, etc. Cependant, là, nous n’étions pas aussi formatés, ce qui a permis de leur montrer que la danse, c’est bien quelque chose de « spécial » qui ne correspond pas aux formats traditionnels.

    Raymond : un solo pour n interprètes de Katya Montaignac, Photo : Maurice Pressé

    Raymond : un solo pour n interprètes de Katya Montaignac | Photo : Maurice Pressé | interprète : Antonia Mappin-Kasirer

    Nathalie Dumont : En tant que non-danseuse pour le projet de Katya, je n’ai aucune expérience de scène. Cependant, j’ai trouvé que l’interaction avec les gens était très intense, surtout dans la rue. En revanche, dans le parc, il y avait deux types de « clientèle » : ceux qui sont venus pour l’événement et ceux qui se promènent (le public potentiel) ; mais il y avait également ceux qui n’en ont rien à faire. J’avais l’impression d’aller convertir des indigènes. J’étais très sceptique car je trouvais ce projet ambitieux et complètement fou. Mais j’ai été également agréablement surprise.

    Julie Châteauvert : Moi, j’adore l’ambiguïté ! Me fondre dans le décor naturel sans que les gens ne sachent forcément ce qu’il se passe. À ce titre, la pancarte me gênait. Quand mes interprètes étaient réparties sur des bancs, personne ne pouvait se masser pour regarder. L’espace de jeu nous englobait et les gens en faisaient partie. Ils sont donc inclus dans la mise en scène.

    Isabelle : La meilleure façon de démystifier l’image « fuckée » de la danse, c’est quand l’artiste va parler aux gens. Il devient alors tout d’un coup quelqu’un qui explique sa démarche. Ça crée une ouverture. C’est de l’éducation populaire. Et le public se rend compte que les danseurs sont des gens comme tout le monde.

    Synthèse mise en forme par Katya Montaignac, 11/09/2006

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    The Art | Rendre la danse accessible (et donc séduisante ?) 3/4 https://la2eporteagauche.espaceperreault.ca/2013/07/02/the-art-rendre-la-danse-accessible-et-donc-seduisante/ https://la2eporteagauche.espaceperreault.ca/2013/07/02/the-art-rendre-la-danse-accessible-et-donc-seduisante/#respond Tue, 02 Jul 2013 02:19:03 +0000 https://la2eporteagauche.ca/?p=106 On peut s’interroger sur les objectifs et enjeux de l’événement The Art (prononcez dehors): cherche-t-on à convertir le grand public à la danse contemporaine ? Cherche-t-on à « séduire » le badaud afin de lui donner le goût ...

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    On peut s’interroger sur les objectifs et enjeux de l’événement The Art (prononcez dehors): cherche-t-on à convertir le grand public à la danse contemporaine ? Cherche-t-on à « séduire » le badaud afin de lui donner le goût d’aller au théâtre ? Ce public ne va pas forcément au théâtre parce qu’il n’en aurait pas les moyens, mais tout simplement parce qu’il ne se sent pas concerné par un spectacle de danse. En revanche, il peut dépenser aisément 15$ pour aller au cinéma, dans un bar ou encore 25$ pour un concert ou un spectacle d’humour…

    Frédérick Gravel : Ce n’est pas la même chose de faire un show dehors ou devant des gens qui sont venus au théâtre pour ça. Dans ce cas, ils sont « captifs ». Alors que dehors, ils ne sont pas venus au parc pour voir de la danse.

    GravelWorks de Frédérick Gravel | interprètes : Francis Ducharme, Hugo Gravel, Stéphane Boucher et Frédérick Gravel | Photo : Katya Montaignac

    GravelWorks de Frédérick Gravel | interprètes : Francis Ducharme, Hugo Gravel, Stéphane Boucher et Frédérick Gravel | Photo : Katya Montaignac

    Marie Béland : Dehors, le public ne ment pas : quand c’est plate, il s’en va ! Pour mon projet, j’ai remarqué que c’était toujours au même moment ! On peut se demander jusqu’à quel point une entreprise de séduction comme la notre doit répondre à la formule du tout-inclus afin de satisfaire le confort du spectateur. Ma pièce a été conçue dehors. On avait envie de séduire, mais jusqu’à quel point ? On a envie que la danse soit moins hermétique, certes. Mais est-on capable d’aller tasser les affaires qui ne marchent pas ? À force de modifier la pièce en fonction des réactions du public, est-ce que je ne passe pas à côté des choses que je voulais faire ?

    Frédérick Gravel : Est-ce qu’une bonne œuvre de danse n’est pas nécessairement séduisante ?

    Marie Béland : Peut-on faire une bonne œuvre sans forcément séduire ?

    Johanna Bienaise : On veut rendre la danse plus accessible mais pourtant quand c’est plate, le public peut partir. Comment le sensibiliser à des choses plates ?

    Séverine Lombardo : Le fait de ne rien faire fait parfois partir les gens. Or, le projet de Julie comporte des moments d’immobilité. Je me suis posé beaucoup de questions à ce sujet. Pourquoi ai-je envie que les gens s’arrêtent ? Pourquoi est-ce que je veux absolument capter leur attention ? Ces interrogations se posent davantage au niveau de l’interprète que du chorégraphe. Julie, elle, adorait que les gens ne s’arrêtent pas !

    Élodie Lombardo : On a l’habitude d’être tributaire du regard du public. En salle comme en théâtre de rue, le temps mort signifie que tu perds de l’argent.

    Irène Galesso : Pour rendre accessible la danse, rien de tel que de retourner dans la rue, comme des troubadours. L’événement The Art (prononcez dehors) m’a fait penser aux HOPs réalisés l’an dernier lors du Congrès de recherche en danse organisé par le CORD (novembre 2005). Nous avions dansé dehors sous la neige. Sans provoquer, la danse attire. L’expérience est d’autant plus stimulante pour les spectateurs que pour les danseurs.

    Stéphanie Bernard : Avec mon projet, j’ai opté pour l’idée d’un compromis en m’inspirant des gens qui sont dehors dans un parc. J’avais le goût de faire une pièce positive et agréable. Or, après avoir vu ma pièce, les gens ne me parlaient pas de l’œuvre mais de danse. Je n’ai rien fait de profond mais ça a ouvert une porte et on a parlé de « la » danse.

    Synthèse mise en forme par Katya Montaignac, 11/09/2006

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    The Art | Les enjeux de la danse « in situ »… 4/4 https://la2eporteagauche.espaceperreault.ca/2013/07/01/the-art-les-enjeux-de-la-danse-in-situ-44/ https://la2eporteagauche.espaceperreault.ca/2013/07/01/the-art-les-enjeux-de-la-danse-in-situ-44/#respond Mon, 01 Jul 2013 01:20:51 +0000 https://la2eporteagauche.ca/?p=108 Avec l’événement The Art (prononcez dehors), on peut s’interroger sur l’engagement de l’artiste face à son art et face au grand public. Tout d’abord, la danse « in situ » répond-t-elle davantage à une opération de sensibilisation ...

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    Avec l’événement The Art (prononcez dehors), on peut s’interroger sur l’engagement de l’artiste face à son art et face au grand public. Tout d’abord, la danse « in situ » répond-t-elle davantage à une opération de sensibilisation qu’à une démarche artistique ? À une promotion de la danse contemporaine qu’à d’une véritable réflexion sur le médium et sur son impact public ? Enfin, est-ce le rôle des artistes d’aller vers le public ?

    Se positionner en tant qu’artiste

    Marie Béland : Notre but au départ consistait à aller à la rencontre des gens pour leur présenter de la danse contemporaine, d’ouvrir cette discipline et de provoquer la rencontre. L’idée était aussi de se positionner en tant qu’artiste.

    Maya Ostrofsky : Dans ce parc, j’avais peur de donner une mauvaise image de la danse contemporaine, c’est-à-dire l’idée du « n’importe quoi ». Je me sentais responsable.

    Frédérick Gravel : En tant que chorégraphe, est-ce qu’on veut séduire, provoquer ou laisser les gens indifférents ? Proposer quelque chose de lisible, ça nous aide. Sinon, comment communiquer ? Les propositions claires fonctionnent à ce titre. Peut-on être plus clair en tant que chorégraphe ? Ou faut-il se dire que anyway ça va être pris différemment en fonction des gens ?

    La « job » du spectateur

    Dominique Bouchard : On prend parfois les spectateurs pour des ignares. Ils disent des choses évidentes, mais pertinentes, dans leurs mots à eux. Même quand je pensais ma proposition ratée, le public me faisait découvrir quelque chose que je n’avais pas remarqué. On peut faire un peu plus confiance au public. Ses feed back sont très positifs et très intéressants.

    Espace Vert de Marie Béland, photo Maurice Pressé

    Espace Vert de Marie Béland | interprètes : Vincent Morelle et Marilyne St-Sauveur | photo Maurice Pressé

    Frédérick Gravel : La clarté n’est pas un dogme, ni une fonction. Katya et Marie ont proposé deux réponses différentes à la clarté. Pour Marie, tout est vert. Ce n’est pas ça qui fait le show mais c’est clair. Pour Katya, c’est voulu que ce ne soit pas clair : que les interprètes ne soient pas identifiés en tant que tels, qu’ils se confondent parmi les promeneurs du parc ou les passants de la rue. Le projet de Dominique se déroule sans musique : son espace se crée au niveau du regard. Elle ne cherche pas l’attroupement : c’est le spectateur qui fait la job. La 2e Porte à Gauche n’a pas pour but de développer le public mais d’inviter les artistes à (re)penser leur rapport au public. Cette question des objectifs est importante. On ne fait pas de la sensibilisation de public. C’est nous qui nous sensibilisons. Notre objectif n’est pas forcément de « convertir » les gens à aller au théâtre. En théâtre, on a l’illusion qu’on est capable de diriger le regard du spectateur. Dehors, on ne contrôle rien. C’est le défi de cet événement : prendre conscience que toutes les conditions de représentation changent. Quand est-ce que l’on fait des ruptures ? Aucune valeur de temps n’existe car ce n’est jamais le même début, ni la même fin pour chaque passant.

    Laisser des traces dans le corps du passant

    Élodie Lombardo : Notre objectif est-il de retrouver une scène théâtrale dehors ou de s’infiltrer dans la vie quotidienne ?

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    Kiss d’Andrew Tay et Sasha Kleinplatz | Photo : Katya Montaignac

    Sasha Kleinplatz : Le contexte est complètement différent dans la rue et dans le parc. Pour notre projet Kiss, c’était plus romantique devant la fontaine !

    Dominique Bouchard : Le projet pouvait se confondre dans l’aspect physique du lieu. Pour apprécier une représentation, doit-on nécessairement immobiliser le spectateur ? Le Carré St-Louis était modifié par notre présence : ça laisse des traces dans le corps du passant.

    Synthèse mise en forme par Katya Montaignac, 11/09/2006

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